Derrière les rideaux, la scène (ou l'écran)

Vision subjective mais passionnée de ce qui se joue dans le plat pays qui est le nôtre. Critiques, coups de coeur (souvent) et de gueule (rarement) de Mary (grande "hanteuse" de salles de théâtre) et Peter (assidu des salles obscures) Commentaires welcom

20 décembre 2009

Je ne suis pas folle, vous savez...

Il vous reste le réveillon du 31 décembre pour apprécier cette pièce au théâtre du Parc (mais j'imagine que ça doit être complet?)... ou alors qui sait, une diffusion télé, comme le Capitaine Fracasse, la pièce précédente de cette saison au Parc?
N'empêche, je ne pouvais pas passer à côté de cette pièce extraordinaire...

Je crois que je dois être fan de Jean Giraudoux. J'ai adoré "Ondine", j'ai adoré "La guerre de Troie n'aura pas lieu", et idem pour "La folle de Chaillot".

Cette pièce s'est donc jouée au théâtre du Parc dans une mise en scène de Jean-Claude Idée, avec une kyrielle de comédiens, dont, dans le rôle-titre, une impeccable Lesly Bunton!

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L'histoire? C'est une pièce plutôt écolo et anti capitaliste, un tourbillon magique, onirique, poétique, étrange...
Disons, en résumé, que "des types" veulent gagner beaucoup d'argent en créant une société. Pour quoi faire? On verra bien. Pour trouver du pétrole dans les sous-sols de Paris, tiens! En voilà une idée!
Creuser dans les sous-sols de Paris? Défigurer, démolir le quartier de Chaillot? Les habitués d'un petit café ne l'entendent pas de cette oreille, et le sauvetage d'un noyé, associé à une analyse de la situation du monde qui se dégrade, va décider Aurélie, dite 'la folle de Chaillot', à trouver un plan machiavélique pour se débarrasser de tous ces parasites, présidents de sociétés, prospecteurs, courtiers et autres politiciens!
Aidée de ses amies Constance, Gabrielle et Joséphine (respectivement folle de Passy, de St Sulpice et de la Concorde), elle va les attirer dans les égouts, dans le but de les y enfermer. Mais non sans leur donner le droit à un procès, avec pour les "représenter", un chiffonnier qui acceptera de jouer le jeu!

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Tout ça donne une pièce colorée, dynamique, avec une folie douce et une magie un peu enfantine... Le sous-sol dans lequel Aurélie veut piéger les exploiteurs du monde, décor de la 2ème partie du spectacle, illustre cet esprit farfelu, avec ses objets hétéroclites en tous genres, ces parapluies qui poussent, ces objets qui brillent, comme le cabinet de curiosités d'une fée...
Le portrait de la société est acerbe, mais on rêve, avec cette folle, de pouvoir se débarrasser de tous ces cyniques qui ne pensent qu'à l'argent, à exploiter les autres, et faire réapparaitre les défenseurs de la nature et des animaux!
Il faut être fou et rêver, et puis agir aussi, pour rendre le monde plus doux...
« Il suffit d'une femme de sens pour que la folie du monde sur elle se casse les dents ! ».
Vous trouvez vraiment qu'elle est folle, cette 'folle de Chaillot' ?

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La mise en scène est plutôt réussie, et comme toujours au Parc, les décors sont sublimes, très soignés, tout comme les costumes. On a l'impression d'être dans un autre monde, de vivre une petite parenthèse étrange. Et la distribution est à la hauteur! Tout le monde est à la hauteur, et joue sans fausse note, du plus grand au plus petit rôle. On ne s'ennuie pas, le texte coule avec fluidité.
Citons quand même, outre donc Lesly Bunton qui est une folle de Chaillot désarmante et énergique, ses 3 comparses, campées avec brio et un grain de folie certain par Manuela Servais (Constance), Françoise Oriane (Gabrielle) et Isabelle Paternotte (Joséphine).
Coup de chapeau au chiffonnier, Jean-Claude Frison, comme toujours exceptionnel (son plaidoyer pour défendre les exploiteurs est très joliment joué!).
Michel Poncelet, qui endosse plusieurs petits rôles, apporte sa bonne humeur et sa bonhomie (et vend des petits sabots avec beaucoup d'humour et de conviction à l'entracte!).
Enfin, cette pièce est aussi l'occasion de voir le directeur de théâtre du Parc, Yves Larec, jouer le rôle de Président, l'un des types du début qui veut trouver du pétrole à Chaillot (avec aussi Bruno Georis, jubilatoire en courtier-prospecteur!)

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Bref... Moi, j'ai passé un très beau moment devant cette pièce, très fidèle à l'univers de Giraudoux, auquel j'adhère décidément beaucoup!

A voir donc encore le 31/12! http://www.theatreduparc.be/spectacle/spectacle_2009_2010_002 (des extraits du spectacle sont disponibles sur ce lien, à voir sans hésiter! Les photos de ce billet viennent également de cette page!)



22 novembre 2009

Fracassant!

EDIT : la pièce sera diffusée pour le réveillon de Noël, ce jeudi 24/12/2009 donc, sur La Une (RTBF) ! A vos postes!

Alors là, par contre, autant je n'ai pas trouvé le Cocu si Magnifique que ça (cfr billet précédant), autant j'ai trouvé le Capitaine ... fracassant!

"Le Capitaine Fracasse", pièce qui se jouait au théâtre du Parc en septembre - octobre, était inspirée du roman du même nom de Théophile Gautier, mais remis au goût du jour et réorganisé par Thierry Debroux (qui, en plus d'avoir écrit la pièce, en réalisait la mise en scène pour la création, au Parc, de cette comédie héroïque!)

Et je peux vous dire que j'ai passé un vrai bon moment!! "Le Capitaine Fracasse", avec ses passages "capes et épées", est un spectacle enjoué, drôle, léger, divertissant, dynamique, et forcément, fracassant!

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L'intrigue nous emmène d'abord chez Théophile Gautier, qui rechigne à écrire "Le capitaine Fracasse", une commande qu'il devrait honorer depuis longtemps... Il bien commencé le premier chapitre, il y a longtemps, mais n'a pas envie de continuer. Pourtant, ses personnages qui l'interpellent (enfin, surtout Pierre, le serviteur du Marquis de Sigognac, héros présumé du livre mais pour l'instant au 36ème dessous au fond de son château), et son éditeur qui lui offre pas mal d'argent, vont finir par convaincre Théophile d'écrire son histoire.

Une troupe de comédiens frappe justement à la porte du château de Sigognac, ils pourront lancer l'histoire et jouer les personnages qui manquent...
On assiste alors à la fois à l'intrigue du roman (avec tous les ingrédients de l'époque, amour, trahison, jalousie, loyauté, honneur, le tout assaisonné de combats à l'épée et de moments burlesques notamment avec la troupe de comédiens ambulants), et à l'écriture de ce roman... Le dialogue entre l'auteur et les personnage est totalement savoureux...
Avec un côté très "débrouillardise" parfois, pour les accessoires (2 noix de coco ça fait un cheval qui galope, non? Pourquoi je pense aux Monty Pythons, moi? ), ou quand un comédien passe d'un rôle à l'autre en changeant de perruque parce que les 2 sont pour une fois presque dans la même scène, et que Nicolas Buysse (qui interprète donc ce comédien .. euh ou comédienne...) retourne des yeux de chien battu affolé à l'auteur parce qu'il a à peine le temps de se changer, ou quand Théophile Gautier lui-même se mêle d'interpréter les personnages secondaires!
On tombe carrément dans le comique lorsque l'auteur expédie une nouvelle version (la première étant jugée trop triste) de la fin de son histoire, en se permettant des commentaires... Jubilatoire!!

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Bref, un mélange savoureux, servi par une distribution irréprochable (tous, donc je ne vais pas tous les citer!), dans une mise en scène intelligente, avec de l'éclat et de la musique, de somptueux costumes et un décor joli et fonctionnel (comme toujours au Parc, c'est très très soigné!)
Vous avez compris, un vrai coup de coeur!

Quelques extraits vidéos sont disponibles sur le site du Parc : http://www.theatreduparc.be/spectacle/spectacle_2009_2010_001 (et les photos qui illustrent ce billet viennent également de cette page!)
Si votre navigateur ne vous ramène pas lui-même en haut de page, sachez que pour voir la vidéo après avoir cliqué sur la petite image en bas de page, il suffit de remonter! ;-)

Magnifique?

En septembre, je suis allée voir "Le Cocu magnifique", de Fernand Crommelynck.
C'était au Rideau de Bruxelles, ou plutôt, à la salle "Le Palace", puisque les locaux habituels du Rideau sont, je pense, toujours en travaux.

Pour info, la pièce se jouera au Jean-Vilar, à Louvain-La-Neuve, du 9 au 12 février 2010: infos et réservations ici (illustrations de ce billet en provenance du même site!).

Première chose importante à savoir (ah si si, parce que moi je le savais pas avant d'y aller, et ... ça peut être utile niveau organisation), la pièce dure 2h30. Sans entracte, mais quand même, 2h30.

Et franchement... Ben moi, ça m'a paru long! L'histoire est assez particulière, elle tourne autour d'un sentiment très répandu: la jalousie. Mais poussée ici à un extrême assez... étrange. Puisqu'un homme, éperdument amoureux de sa femme (qui le lui rend pourtant bien et est la fidélité même), va la pousser dans les bras d'autres hommes pour...euh... par stratagème pour la découvrir infidèle... Enfin... Par chantage, en quelque sorte, pour ne pas vivre dans le doute et la crainte mais plutôt dans la certitude... de faits qui ne se seraient en fait pas produits s'il avait juste fait confiance à son épouse...

Bref, tout ça est tortueux, torturé, et fait plus que flirter avec la folie, en tout cas de mon point de vue. Certes, c'est écrit avec beaucoup de poésie, mais... j'ai trouvé que la pièce tournait en rond...
Broder sur le thème de la jalousie pendant 2h30, ça mène forcément à tourner en rond, même si en fait, chaque rond enfonce le couple un peu plus dans une situation malsaine et sans retour en arrière possible...
Une spirale, donc, mais pas toujours lisible, et avec des passages qui pour moi n'ont rien apporté à l'ensemble.

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Le fait est que je n'ai pas réussi à entrer vraiment dans l'histoire, ou dans la (non-)logique de Bruno, personnage central et cocu magnifiquement timbré, surtout! Du coup, assez vite, je me suis lassée de cette folie furieuse présentée jusqu'au bout du bout de ses méandres...
La mise en scène de Vincent Goethals n'a pas facilité la lisibilité de la pièce pour moi.
C'est joli et onirique sans doute, avec cet immense drapé blanc, c'est sans doute plein de symboles, mais... Il a manqué un truc pour que j'accroche et que je rentre dans l'univers très particulier de cette pièce.

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Reste la distribution. Le personnage qui porte toute la pièce, c'est bien sûr ce Bruno, Cocu Magnifique, interprété par Itzik Elbaz. Qui est, lui, magnifique! Ce comédien est impeccable, et je crois que si j'ai tenu les 2h30 et suis sortie sans me dire "mon dieu, quelle horreur, une pièce à oublier pour moi", c'est grâce à lui. Il apporte beaucoup de feu à son jeu, avec beaucoup de nuances dans sa folie, il brûle intérieurement, et même si les motivations de Bruno avaient tendance à me barder, le jeu d'Itzik Elbaz m'a scotchée.
Bref, un grand grand talent dans plein de registres!
Le reste de la distribution est pas mal, mais sans révélation particulière pour moi. J'ai eu un peu de mal avec le personnage de Stella (la femme de Bruno), interprétée par
Anne-Catherine Regniers, mais je suppose que ça n'est pas lié au jeu de la comédienne, mais à la personnalité de Stella... qui avait tendance à m'horripiler...
Ah oui, je m'en voudrais de ne pas signaler Corinne Masiero, qui campe entre autres une nourrice absolument hilarante.

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Bref, malgré le jeu d'Itzik Elbaz, une pièce qui ne m'a pas vraiment convaincue!

13 mars 2008

Révisez vos classiques (et deux fois plutôt qu'une!)

Coucou, c'est Mary!

Eh oui, j'ai de plus en plus de mal à tenir ce blog théâtral à jour! Pourtant il y a des spectacles dont j'aurais aimé vous parler, mais... manque de temps, et puis si je vais les voir vers les dernières représentations, ça me laisse peu de temps pour vous en parler tant qu'elles se jouent encore, ces pièces. J'espère donc que vous n'avez pas loupé "La guerre de Troie n'aura pas lieu" au Parc en janvier (enfin "pour les amateurs de rhétorique" selon le Soir... C'est vrai que le texte n'est pas des plus faciles et léger et que ça durait 2h30 mais c'était si bien joué et mis en scène... Moi j'ai adoré!).

Enfin, bref, je vais donc aujourd'hui vous parler d'une pièce et d'un spectacle. Le spectacle, c'est trop tard pour le voir en Belgique... Mais j'ai envie de vous en toucher un mot quand même parce que si vous avez l'occasion de les voir passer quelque part pas loin de chez vous, il faut y aller...
Enfin, je commence par la pièce, car elle se joue encore.

Il s'agit de "Mephisto for ever", d'un auteur flamand, Tom Lanoye, librement inspiré d'un roman de Klaus Mann, et adapté ici en français (pour la première fois) par Alain van Crugten.
La pièce se joue en ce moment, et jusqu'au 29 mars, au théâtre de la place des Martyrs (http://www.theatredesmartyrs.be/pages%20-%20saison/grande-salle/piece5.html).

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L'intrigue, en quelques mots: une troupe de théâtre répète "Hamlet", ou plutôt, attend la comédienne principale (juive) pour commencer les répétitions. Mais voilà, on est jour d'élections et la ville est dangereuse. Lorsqu'enfin la troupe est au complet, la nouvelle tombe comme un couperet. "Ils" ont gagné. Le National Sozialism a remporté les élections. Dès lors, que faire? Fuir? C'est ce que feront les comédiennes juives, même si l'une reviendra au pays plus tard... Se réjouir? Rester et résister? Chacun prend la décision qu'il croit la bonne, et rapidement, le nouveau ministre de la culture va venir nommer directeur du théâtre le comédien vedette et metteur en scène de ce Hamlet, Kurt Köpler. Moyennant quelques petits arrangements (le ministre est amoureux d'une comédienne au talent douteux, mais elle sera bien sûr à l'affiche...). Kurt accepte car il veut résister de l'intérieur et offrir un message subversif via sa programmation théâtrale.
La pièce présente alors les répétitions, les douleurs, les haines, les oppositions, les nécessaires compromis, les déchirures de ce groupe d'hommes et de femmes durant cette période oh combien trouble et violente qui va de la montée du nazisme jusqu'à la fin de la 2ème guerre mondiale.

La pièce n'est donc pas particulièrement légère, ni drôle. Même si certaines réflexions ne manquent pas de cynisme. Dans les thèmes, on a à la fois une réflexion sur le théâtre, l'authenticité du comédien, les 4 P : Poésie, Perversion, Passion, Plaisir (moi je connaissais les 4 P du marketing mix, rien à voir! ;-P), et surtout, une réflexion sur les liens entre le théâtre (et l'art en général) et la politique.
On croise de nombreux extraits d'auteurs du répertoire, au détour d'une répétition, chacun s'appropriant les mots de son rôle, chaque scène prenant un sens différent à la lumière des événements et du contexte, les comédiens se servant des textes pour exprimer leurs sentiments et leurs doutes.
Le texte fait la part belle à Shakespeare (Hamlet bien sûr, mais aussi Jules César ou Roméo et Juliette,...), à Tchékhov (on reconnait 'La cerisaie' et 'La mouette'), ainsi qu'à Goethe et son Faust, Allemagne oblige et surtout, Méphisto oblige!

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(Angelo Bison et Stéphane Excoffier)

Tout ça fait qu'au final, c'est peut-être un peu long. La pièce dure 2h10 et, si elle ne m'a pas parue pesante, je n'irais pas jusqu'à dire que ça passe en un éclair non plus. Il y a certainement quelques longueurs, des répétitions (c'est le cas de le dire - je veux dire par là, des réflexions ou des idées qui se répètent, bien sûr!)... Bref, une pièce dans la réflexion beaucoup plus que dans l'action.

Pour orchestrer tout ça, la mise en scène d'Elvire Brison joue la carte du son et (surtout) de la vidéo. Le décor est très dépouillé, la lumière faible ou crue ajoute à l'ambiance sombre, presque glauque, de certaines scènes, et des écrans reçoivent les projections d'extraits vidéo, soit pour montrer les scènes extérieures au théâtre et la guerre qui fait rage, soit pour suivre et échanger avec les comédiennes exilées.
Tout cela ajoute encore à la mise en abyme déjà présente dans le texte et augmente encore un peu plus les niveaux de lecture (entre les répétitions à Berlin, la vie de la troupe à Berlin, la vie des juives exilées, et ces dernières qui lisent également du théâtre). Tout ça s'entremêle, créant de nouvelles perspectives, suggérant et renforçant certaines émotions, mais perdant parfois aussi un peu le spectateur en ajoutant une distanciation un peu trop importante (idem pour des éclairages globalement 'en noir et blanc', on est moins directement dans le propos, on a l'impression que ce n'est que du passé...).

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(Erika Sainte)

Le jeu des comédiens est globalement très bon! J'épinglerai particulièrement Angelo Bison, qui interprète Kurt Köpler avec beaucoup de nuances et tout en retenue et en intériorisation (son "je.... je... je...." final résume les doutes et les ambiguités du personnage qui ne sait plus lui même s'il a bien ou mal agi). Angelo Bison excelle dans ce genre de registre (n'empêche que j'aimerais bien le voir une fois jouer quelque chose de plus léger, ou autre chose, parce que je l'ai vu récemment dans 'Nature morte dans un fossé', très bien aussi mais j'ai un peu l'impression qu'il se répète d'un rôle à l'autre... Enfin ça n'empêche que dans 'Mephisto for ever' il est très bon!).
Bernard Sens campe un extraordinaire ministre de la culture... entre bonhommie et autoritarisme... personnage que je trouve très ambigu : il adhère au parti nazi, il est antisémité, et pourtant, il admire le comédien Kurt Köpler, il aime le théâtre, il voudrait le laisser jouer la programmation qu'il a choisie, même si elle ne colle pas à la propagande du Reich... à laquelle il semble pourtant croire...
Itsik Elbaz est également impressionnant dans les 2 rôles qu'il interprète. D'abord militant d'extrême droite déçu d'avoir remplacé des oppresseurs bourgeois par d'autres intéressés également par l'argent (dans ce rôle, il mélange un cynisme glacial et des convictions défendues, j'allais dire, avec pureté), il joue ensuite le ministre de la propagande avec beaucoup de brio (rendant le type particulièrement détestable. Son discours en 10 points pour défendre la politique d'Hitler et rassurer le peuple en démontant les arguments des alliés est un véritable morceau de bravoure qui fait froid dans le dos!)
Enfin, Stéphane Excoffier est très juste dans 2 rôles pourtant opposés: la comédienne juive exilée Rebecca Füchs et Linda Lindenhoff, maîtresse du ministre de la culture et piètre actrice. Quant à John Dobrynine, il est particulièrement intéressant dans le 2ème rôle qu'il interprète, le 'nouveau leader'... Mais son interprétation de Victor Müller, ancien directeur du théâtre et sympatisant communiste, est très juste également.

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(Bernard Sens)

Bref... une pièce à voir pour le jeu des acteurs et surtout pour la réflexion qu'il y a derrière et qui ne manquera pas de vous interpeler (et qui est traitée avec intelligence et sans parti pris dans la pièce!): quel lien l'art peut-il entretenir avec la politique? Doit-il dénoncer, et le peut-il? Quel impact une pièce de théâtre peut-elle avoir sur les gens? En période de crise, de guerre, est-ce futile de continuer à jouer? Ou au contraire, faut-il continuer à offrir cet échappatoire aux gens, ce moyen de rêver, d'imaginer? Peut-on réveiller les consciences par le théâtre? Les artistes doivent-ils fuir ou au contraire résister et tenter de trahir le système de l'intérieur? Jusqu'où peuvent-il accepter les compromis et la collaboration pour pouvoir continuer à exercer leur art? Et est-ce que le jeu en vaut la chandelle? Comment vivre et retravailler ensemble, "après"? Qu'aurait-on fait, à leur place?
Personnellement je pense que l'art peut et doit participer à l'éducation. Et donc, qu'il faut résister et rester. Je pense que gangrèner le système de l'intérieur doit être possible et que l'impact, même minime, peut être là et sauver des gens.
Je pense, mais j'en suis pas sûre.
Et le débat reste ouvert!

...

Comme promis, et pour clôturer ce post sur une note beaucoup plus légère, un autre spectacle à vous signaler (je l'ai vu vendredi dernier au Jean Vilar à Louvain La Neuve, c'était un accueil de comédiens français, et je ne sais pas si ça se joue(ra) encore quelque part, mais c'est vraiment très chouette et très bien fait alors je vous en parle quand même...)
Le spectacle s'appelle "La fourmi et la cigale (variations sur un air connu)".
Il est écrit par François Mougenot, qui l'interprète également, avec son frère Jacques, lequel s'occupe également de la mise en scène (eh oui, les spectacles en famille, hein... y'en a d'autres qui écrivent père et fils, et ça donne plutôt bien aussi - quel euphémisme...! ;-) )

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Le spectacle dure 1h20 et reprend différentes scènes confrontant la besogneuse et prévoyante fourmi, à sa voisine cigale, chanteuse, vivant pour le plaisir, et qui voudrait bien mendier quelque nourriture lorsque le froid est là. Bref, vous connaissez tous l'histoire de la fable de Jean de la Fontaine. Sauf qu'ici, vous retrouvez cette histoire déclinée "à la manière de" bien des auteurs classiques et plus contemporains. C'est très très bien rédigé, avec le style, les tournures de phrases, les mots, les manies, avec une note d'humour en prime... Vous pouvez vous amuser pendant tout le spectacle, outre à savourer cette belle langue française si bien tournée, à reconnaitre les auteurs et les extraits 'parodiés'... Un vrai régal!

Si vous avez des souvenirs de vos cours de français ou simplement que vous aimez la poésie et le théâtre, vous devriez reconnaître sans trop de peine Molière (l'Avare et le Misanthrope), Racine, Shakespeare (la scène du spectre au début d'Hamlet notamment), Feydeau, Victor Hugo, Ronsard, Du Bellay, Apollinaire, Prévert... Et dans un autre style, Audiard et Pagnol, ou encore, Columbo et une série américaine dans le genre aux 'feux de l'amour'... De tout, dans tous les sens, avec plein d'humour et de talent, et une belle interprétation pleine de complicité et de malice, parfois, de justesse, toujours (pas pour rien qu'un des frères a été prof de théâtre, et non des moindres à ce que dit le programme!)
Pour conclure, lorsque "le bis" fut venu, par une splendide tirade de ... Cygalo de Bergerac!

A voir si vous en avez l'occasion, et pour vous mettre l'eau à la bouche, j'ai trouvé un extrait vidéo
La Fourmi et la Cigale - video.TomsGames.com
La Fourmi et la Cigale - video.TomsGames.com

http://video.jeuxvideopc.com/video/iLyROoaftgmV.html

Voilà, de quoi vous donner l'envie d'aller voir plein de spectacles je l'espère!
Et moi, je vais essayer de suivre mieux que ça pour écrire mes critiques, aussi!

Belle fin de journée à vous!

Mary

14 octobre 2007

Dans la tête...

Imaginez juste une seconde pouvoir plonger dans la tête des autres....
Savoir ce que chacun pense vraiment, sans censure, sans pudeur, sans mensonge et sans hypocrisie...
Supposez que vous appreniez tout du jardin secret de l'autre, de celui ou celle que vous aimez, des autres, des personnes qui vous entourent et vous attirent....

Ca vous semble tentant? Ou complètement effrayant?
C'est en tout cas l'une des questions que pose la pièce que j'ai été voir hier soir au Public:
Pensées secrètes. D'après un roman de David Lodge.

Une pièce difficile à vous résumer, mais qui vaut le coup d'oeil !
Tout commence à une conférence dans une université anglaise. Ralph Messenger, éminent spécialiste en science cognitives, reçoit, pour clôturer un congrès, une romancière, Helen Reed. Un avis 'non scientifique' donc, sur le thème de la conscience.
Helen est également invitée sur le campus pour 6 mois, elle assurera certains cours de littérature. Elle est veuve depuis un an, et a du mal à faire son deuil. Elle est également croyante, semble timide et réservée. Ralph, lui, est un bon vivant, un jouisseur, athée de surcroit. L'âme face au réseau de neurones.

L'intrigue opposera ces deux personnages dans un jeu de séduction et de discussion. Ils se cherchent, se poursuivent, s'attirent, s'opposent dans leurs théories et leur vision du monde, des hommes.
Pendant cette phase de découverte et d'apprivoisement respectifs, ils vont également livrer leurs pensées intimes, secrètes, à des gadgets modernes. Ralph, dans une tentative d'expérience scientifique sur le fonctionnement et la structuration de la pensée, enregistre ses impressions sur un petit dictaphone. Helen, au départ, utilise un carnet, plutôt réfractaire aux nouvelles technologies. Mais Ralph lui offrira un PC (toutes les excuses pour s'introduire chez elle étant bonnes:-) ) avec un logiciel de reconnaissance vocale, qui lui permettra de dicter et de figer sur fichier ses réflexions, craintes, doutes et secrets.
Au final et au fil de leur relation-liaison, échangeront-ils un jour ces témoins de leurs jardins secrets, pour savoir tout de l'autre?

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Les thèmes sont évidemment nombreux, et le texte est riche de réflexions. Mais sans lourdeurs ni morale, juste des pistes, des éléments, des théories. La conscience, l'âme, l'intimité, les masques qu'il faut porter, la religion, le deuil, le désir, la culpabilité, le destin, les sentiments... Autant de sujets dans lesquels on plonge, entre expériences et confidences. Avec en filigrane l'apport ... ou la 'nocivité' (?) des nouvelles technologies: reconnaissance vocale, mails, petits robots...

Cette pièce c'est l'occasion de voir le couple (à la ville) qui est par ailleurs à la tête du théâtre Le Public, ensemble sur scène pour la première fois! Michel Kacenelenbogen incarne Ralph Messenger avec une vérité criante. Il a une vraie présence, un relief incroyable dans ce personnage, il rit, il s'emporte, il est sûr de lui, il a peur, il ironise... Tour à tour très drôle, touchant, un peu ridicule... Il joue sans fausse note un rôle qui semble lui aller comme un gant, et se donne à fond!
Face à lui, Patricia Ide est tout aussi convaincante, d'abord fermée, effacée, timide, puis métamorphosée, plus sûre d'elle et de ses convictions. Elle est aussi émouvante ou marrante, et les deux forment un duo profondément humain avant tout, plein de contradictions et d'une douce complicité!

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Mais surtout, pour cette pièce, j'ai envie de saluer le talent de Benoît Verhaert. Qui signe l'adaptation du roman de Lodge en pièce de théâtre, et également la mise en scène. Et c'est une belle réussite et certainement un gros travail. Car faire vivre ce genre de texte sans ennuyer n'est pas facile (certaines réflexions, certaines explications plus 'théoriques' ne sont pas forcément évidentes à faire passer sur scène sans support papier).
Et pourtant on ne se dit pas qu'il s'agit d'un roman, l'adaptation théâtrale est très réussie!

Et la mise en scène est recherchée, précise, dynamique et émaillée de trouvailles et de symboles, sans qu'on ait l'impression de ne pas avoir tout compris! L'utilisation des lumières est géniale, la manière de montrer l'envoi d'un mail... il fallait y penser. Les phrases qui se dactylographient au fur et à mesure, c'est aussi très bien fait, sans abus et avec un effet comique bien pensé. La manière de représente un bain... à bulles est assez originale. Sans oublier les références discrètes dans le décor, l'arbre de la connaissance en fond, le fruit (défendu? du péché?) qui trône un moment au milieu de la scène, les jolis voiles en fond derrière les murs et qui apparaissent comme par magie, les canards (en plastique) et les poissons rouges (bien vivants!).
Joli décor donc, signé Olivier Waterkeyn, scénographie de Xavier Rijs et lumières de Fred Delhaye.

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Bref, pas besoin pour vous d'aller plonger dans mes pensées secrètes pour comprendre que j'ai beaucoup aimé cette pièce drôle et profonde!
Si vous voulez la voir, c'est jusqu'au 27/10 au Public:
http://www.theatrelepublic.be/pieces_details.php?play_id=175&mode=

Douce soirée à vous (et n'oubliez pas Cap 48, soyez généreux!)

Mary

16 septembre 2007

Eloge du silence?

Bonjour tout le monde, c'est Mary!

Enfin de retour sur ce blog théâtral! Mais l'été n'est pas la saison la plus fournie pour vous parler de spectacles, avouez! Et comme je l'ai déjà dit, parler de quelque chose qui ne se joue plus, c'est moins intéressant! Donc là je vais essayer de tenter de reprendre le rythme d'écrire juste après avoir vu un spectacle.

Alors au menu de rentrée aujourd'hui? Une création mondiale d'un auteur belge! "Les fines bouches" de Jean-Pierre Dopagne, qui se joue actuellement au théâtre Jean Vilar à Louvain-La-Neuve.

Une pièce étrange, surtout de prime abord. D'ailleurs elle semble choquer beaucoup de gens dans le public, et ils ne peuvent pas s'empêcher de le faire savoir à haute voix... Ah y'a parfois des baffes qui se perdent, vous ne pensez pas? (quoi? oui je suis vache, mais le manque de respect des comédiens est une chose qui m'horripile au plus haut point, na!).
Vous vous demandez sans doute ce qu'il se passe au début de cette pièce? Rien. Le silence. Deux individus assis sur des espèces de coussins-poufs, qui changent éventuellement de position, mais ne disent rien. Pendant... oh, certainement 5 longues minutes, si pas plus. Et visiblement le silence fait peur. Alors certains spectateurs toussent, d'autres font carrément des commentaires à voix haute (en tout cas quand j'ai vu la pièce, j'ose espérer que ce n'est pas tous les jours ainsi, mais j'en doute). Alors qu'il suffit de lire un peu le programme pour savoir que l'idée de départ de la pièce, c'est le silence!

Imaginez: les pouvoirs publics ont créé et financé un espace de silence, un espace où rêver, écouter son vague à l'âme, s'ennuyer. La première règle du lieu le stipule : Le silence absolu est de rigueur. Il s'agit de sauvegarder notre 'patrimoine silence' trop souvent agressé. Une sorte d'espace de détente, pour se débarrasser du stress.
Deux individus, donc, y sont étendus, sur des poufs. Quand soudain, un 3ème entre. Et là, patatras! L'offence, le viol! Il a l'outrecuidance de dire 'bonsoir'. Dès lors, plus rien ne sera comme avant!

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Ces trois hommes, différents, qui n'auraient probablement pas dû se rencontrer, vont partager des conversations... Sorte d'accord tacite entre eux, le silence étant brisé, ils se lancent dans des échanges de vues plus ou moins ouverts, ça part mal, ça s'envenime parfois, ça se balance des coups en douce, ça veut 's'éliminer', ça tente des 'alliances', ça mange des roses de Bern (des tomates, je vous rassure!), ça palabre,... Trois solitudes plus ou moins voulues, plus ou moins assumées, qui se rencontrent. Des visions différentes de la société. Une petite dose de philosophie, de nombreux thèmes abordés, avec justesse et profondeur sans lourdeur (la pièce ne dure d'ailleurs qu'1h20)...
Un débat sur la manière de jouir, de profiter de la vie, d'y trouver un but, la relation aux autres, la communication, autant de choses qui s'entre-choquent dans cette manière originale de disséquer notre société de consommation bruyante et égoïste, et sans leçon de morale, sans parti pris, sans qu'une vision ne soit présentée comme 'la' meilleure... Mais de jolis moments de réflexion, car faire 'les fines bouches' à ne vouloir goûter que le meilleur, la culture élitiste, n'est-ce pas aussi le risque de ne plus rien gouter, ne plus rien savourer, au fond?

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Trois comédiens excellents pour soutenir cette réflexion et la faire passer aussi bien : Alexandre Von Sivers campe Albert, éditeur, rempli de certitudes mais si perdu dans sa solitude; Christian Labeau est Lucien, le trouble-fête qui vient perturber la quiétude en prononçant le terrible 'bonsoir', employé en assurances, qui dénigre les livres et le 'non utile', mais qui contribuera à faire avancer tout le monde en provoquant les échanges. Le 3ème larron est Fernand, interprété par Bernard Cogniaux, le 'manuel' du groupe, vendeur de légumes, dévoreur de livres pour retrouver le monde, peut-être le plus équilibré des trois, le plus secret aussi, au fond, celui qui accepte les choses telles qu'elles sont avec philosophie.

Enfin, la mise en scène dynamique d'Olivier Leborgne fait définitivement prendre le soufflé, en animant les dialogues et en en faisant ressortir toute la verve, un ping pong, des duels verbaux, rythmés mais pas trop, juste ce qu'il faut pour saisir la réflexion et qu'elle fasse écho, pour rentrer dans le texte et aussi en profiter avec délectation (tiens c'est marrant il me semble que j'avais déjà fait ce genre de remarque à propos d'un autre spectacle - d'un genre pourtant différent!- où rythme et 'impact' du texte se combinent, également mis en scène par Olivier Leborgne! )
Pas de gestes inutiles, un jeu sympa sur les poufs pour meubler le silence du début et qui se répète ensuite tout au long de la pièce, un décor minimaliste (et qui ferait bonne figure pour le 'Huis-clos' de Sartre... j'imagine que c'est voulu!) mais de belles lumières et une bande son tour à tour zen et plus agressive, pour en apprécier mieux le silence... Le tout se mêle avec brio!

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Si cela vous a mis en appétit, les Fines bouches c'est au Jean Vilar jusqu'au 21 septembre!
Plus d'infos : http://www.ateliertheatrejeanvilar.be/fr/saison/detail/index.php?spectacleID=276 (site d'où viennent les photos reprises dans cet article)

Bonne soirée à vous

Mary

22 juillet 2007

Dans les ruines d'une ancienne abbaye...

Bonsoir, c'est Mary!

Eh oui, je sais, j'ai vraiment du mal à suivre sur ce blog théâtre! Mais le problème, c'est que si je vais voir une pièce qui ne se joue plus que pour quelques jours, c'est trop court pour en parler... Ce fut le cas en juin avec une version originale et imaginative de 'La Princesse Maleine", de Maeterlinck, vue au Public...

En tout cas, cette fois, puisqu'il n'a pas plu vendredi dernier (et c'était pas gagné, j'ai craint le pire toute la journée, avec le temps pluvieux et le ciel bouché sur Bruxelles), et que la pièce se joue jusqu'au 11 août... Je peux vous parler un peu de ce que Del Diffusion propose comme spectacle cet été dans les ruines de l'abbaye de Villers-la-Ville : Dracula!
Adaptation théâtrale (signée Denis Leddet et Christian Lutz) du roman de Bram Stoker.

affiche_Dracula

J'ai déjà dû vous en parler, j'ai un petit faible pour les vampires :-) (enfin, surtout quand ils ont une âme, vivent à L.A. et ont les traits de David Boreanaz...).
Non, plus sérieusement, j'étais très curieuse de frémir à ce spectacle dans un cadre comme Villers...
Bon, sur ce point, une petite déception quand même... Les frissons venaient plutôt du vent et de l'humidité, et de la météo ô combien estivale, qui rendaient les ruines un peu frisquettes après 22h... Quant au spectacle, très réussi cependant, il reste totalement 'tout public', donc sans la dimension lugubre et un peu glauque qui me restait comme souvenir du film de Coppola, vu il y a quelques années il est vrai. Je dirais également que, d'après mes souvenirs, certains passages sont moins développés dans la pièce, notamment lorsque Dracula hante les nuits de Mina, et il me semblait que certains personnages étaient plus ambigus... Enfin, les aspects 'tourments psychologiques, rêves et visions', c'est forcément plus difficile à mettre en scène au théâtre qu'au cinéma!
Donc, les amateurs de fantastique un peu effrayant ou à la recherche de sensations fortes risquent d'être déçus, ce Dracula est très 'sage', assez peu ambigu, sans débauche d'hémoglobine, et donc, vraiment, visible par tous, sans risques de cauchemarder ensuite.

Ceci dit, l'adaptation est très réussie et profite à merveille des lieux, le décor naturel est merveilleusement exploité, mis en valeur et surtout, en lumières (de très jolis éclairages signés Christian Stenuit, en particulier dans la chapelle, lorsque Jonathan Harker découvre la vraie nature de Dracula!).
On parcourt en effet les ruines pour profiter de 3 décors différents. D'abord, l'histoire commence entre l'Angleterre, où la jeune Mina rédige son journal en attendant le retour de son fiancé Jonathan, clerc de notaire, envoyé par son employeur au fin fond de la Transsylvanie, chez le Comte Dracula; et le château de ce dernier, où Jonathan Harker est bien dérouté par cet hôte étrange, ces portes fermées, ces cauchemars qui le hantent. On suit donc en parallèle les deux actions, sur deux 'scènes' côte à côte, tantôt Mina et son amie Lucy, qui va bientôt se marier, partagent leurs confidences, tantôt Jonathan raconte son périple à Dracula, et lui parle de la propriété qu'il a achetée pour lui, en Angleterre.

Pourtant, lorsque 3 furies surgissent pour tenter de l'attaquer, lorsque surtout le comportement de Dracula, apparaissant, disparaissant sans cesse, intrigue trop Jonathan, lorsqu'il s'aperçoit que le Comte n'a pas de reflet, le jeune décide de le suivre jusqu'à la chapelle, entraînant... les spectateurs à sa suite!
Pour une scène 'éclair' dans le c(h)oeur des ruines, où il découvre la vraie nature du vampire!

Après l'entracte, c'est dans un troisième décor que le public prend place, une grande scène où la brume le dispute aux arbres et aux... tombes, pour le retour de Dracula en Angleterre, et l'apparition du spécialiste ès vampires, le Professeur Van Helsing, appelé à la rescousse par l'un des ex-prétendants de Lucy, suite au comportement étrange de cette dernière. La chasse au vampire est lancée, avant qu'il ne fasse trop de victimes, car c'est sur Mina qu'il a jeté son dévolu...

La scénographie de Patrick de Longrée est sans fausse note, le décor regorge de trappes et autres escaliers cachés ou escamotables, permettant à Dracula de surgir ou se cacher. Quelques jolis effets 'spéciaux', soignés, plongent malgré tout le spectateur dans une ambiance fantastique, un peu magique... Enfin, on peut vraiment parler de décor sonore, réalisé par Laurent Beumier. Musiques lugubres, hurlements de loups, vent qui souffle... Un réel apport au spectacle, la petite touche qui fera un peu frissonner les personnes les plus sensibles.
La mise en scène de Bruno Bulté se joue à merveille de la taille importante du décor et des difficultés à faire vivre une telle oeuvre sur une scène de théâtre. Il y a du rythme, même dans les moments de récits plus linéaires, quand Mina lit son journal intime, par exemple, et une certaine poésie... Et bien sûr, une dose d'humour, le spectacle joue sur la limite entre le comique et le fantastique (sans toujours y réussir complètement, car l'humour l'emporte dans certains moments qui auraient sans doute gagné en profondeur s'ils avaient penché plus vers le sombre...)

Enfin, si ce spectacle est une réussite, c'est aussi grâce à une belle distribution, de comédiens parfaitement à la hauteur...
A tout saigneur (hou le bête jeu de mot), tout honneur, Claudio Dos Santos est un Dracula ambigu (mais pas très pâlot... Moi j'ai toujours cru que les vampires, c'était blanc - puisque mort...), élégant, séducteur, mystérieux, glacial, autoritaire... Sa voix porte dans les ruines, semblant venir d'outre tombe...
En face, Nicolas Buysse est un Jonathan Harker plein de candeur, tremblant face à son étrange hôte durant toute la première partie. Tania Garbarski est une douce Mina, mais le personnage manque un peu de relief et l'on comprend mal son comportement dans la 2ème partie (mais ce n'est pas la faute de la comédienne, la pièce pouvait pas durer 3h non plus...)
Comme toujours, Pascal Racan est impeccable de sérieux et d'érudition dans le rôle du professeur Van Helsing, sorte de précuseur de Buffy, la tueuse de vampires, mais en moins agressif :-)... Il expose sans tomber dans la caricature, sa science des vampires, comme les tuer,... avec une sincérité assez incroyable, pour peu, on lui demanderait quelques gousses d'ail, au cas où... Sa jolie voix porte toujours aussi bien dans ce décor, où l'acoustique n'est pas toujours idéale!
Enfin, soulignons la prestation de Anouchka Vingtier dans le rôle de la naïve, enthousiaste et amoureuse Lucy, et une mention spéciale à Yves Degen (qui risque de finir les représentations malade si le temps reste aussi froid, vous comprendrez en voyant où il se trouve pendant la 2ème partie), qui campe un Renfield, malheureux fou damné en le pouvoir de Dracula, d'une manière savoureuse et jubilatoire!! D'ailleurs, lorsqu'il appelle son 'Maître' Dracula, il n'est pas sans rappeler un certain Gollum (ou Sméagol, comme vous préférez... celui du Seigneur des Anneaux, pour ceux qui ne seraient pas fans de cette trilogie).

Voilà, vous l'aurez compris, ce Dracula vaut son pesant d'eau bénite, même s'il ne vous fera pas trembler d'effroi, il vous fera passer un bon moment!
Infos et réservations:
http://www.deldiffusion.be/prochaines_productions/prochaines_productions.asp

Faites de beaux rêves et soyez prudents à minuit, quand la lune est pleine ;-)

Mary

06 mai 2007

On dirait le Sud

Bonsoir, c'est Mary!

Eh oui, enfin de retour… Heureusement que Peter a ramené de la vie sur ce blog dernièrement. Parce que...J'avoue, j'ai honte d'avoir complètement déserté ce blog depuis plus de 2 mois.
Non que je ne sois pas allée au théâtre pendant ces deux mois, d'ailleurs!
Mais bon… Ca prend quand même du temps à rédiger, mine de rien, ces petites critiques. Et j'ai pas toujours les mots pour parler de danse contemporaine, par exemple (exemple très récent... D'ailleurs, je ne savais pas que le bourgmestre de Bruxelles-ville aimait la danse contemporaine!). Et surtout, comme j'ai tendance à trouver plus intéressant de vous parler d'une pièce qui se joue encore… C'est pas évident de suivre, surtout que je ne vais pas forcément voir les pièces aux alentours de la Première.

Et puis, c'est vrai, à une exception près (voir plus bas), je n'ai rien vu de transcendant, dont j'ai absolument envie de vous parler en long, en large, en travers et en enthousiasme…

Pourtant ce soir je reprends le clavier et je vais déroger à ma règle.
Je vais vous toucher quelques mots de 3 pièces que j'ai vues "dernièrement" et qui valent la peine d'être vues (absolument ou à l'occasion).
Je ne pense pas qu'elles se jouent encore pour le moment en Belgique. Mais bon, une reprise… ça peut toujours arriver (c'est le cas pour l'une des 3 d'ailleurs!). Ou la pièce peut être remontée avec d'autres comédiens.
J'entrerai donc moins que d'habitude dans la mise en scène et les performances des acteurs.
Point commun à ces pièces : l'Italie…

* Ildebrando Biribo ou un souffle à l'âme
De et par Emmanuel Vacca. Découvert au Public en février.

ildebrando_Biribo

Aaahh… Cette 'pièce', ce spectacle, ce 'one-man-show', je ne sais pas comment l'appeler, mais quel régal! J'ai vraiment des regrets de ne pas avoir eu le temps de vous en parler car c'était un très, très beau moment à passer.
La trame de ce récit, si je puis dire, c'est l'histoire d'un souffleur, Ildebrando Biribo. Le souffleur de Cyrano. De la première représentation de Cyrano. Qu'on a retrouvé mort dans son trou à la fin de cette première représentation.
Comment? Pourquoi? A cause de qui?
C'est ce qu'il va nous raconter, après mille et un détours. Car Ildebrando, miraculeusement, est revenu parmi les vivants pour (se) raconter. Par la magie d'un auteur qui veut écrire une pièce sur sa vie, auteur qui se cache… s'il existe vraiment. Car de mensonges en détournements et en confidences, on finira par voir derrière les apparences, derrière le rideau de scène, ce qui s'est passé, on finira par savoir comment Ildebrando est revenu. Mais pour le temps d'un sablier, pas plus. Un grand sablier qui s'égrène tout au long du spectacle, dans un coin de la scène, seul élément de décor mis à part ce rideau rouge, fermé.

La pièce n'est pas une intrigue policière, ni vraiment un récit, mais plutôt un joyeux mélange d'anecdotes et de réflexions.
Emmanuel Vacca est hallucinant. Il campe divers personnages, prend des voix, des accents tous plus savoureux les uns que les autres, mime, se démène, s'amuse, joue avec le public, improvise.
Pour vous situer, c'est un peu comme Michel Boujenah, mais alors très, très en forme. Et sans le côté moralisateur, mais avec une certaine profondeur, l'air de rien!

Un spectacle à savourer si vous en avez l'occasion. Un petit moment de grâce, une parenthèse, une bulle d'oxygène. D'ailleurs Emmanuel Vacca le dit lui-même au début du spectacle, il s'adresse aux soucis du public et les chasse jusqu'à la porte, ils n'auront pas le droit d'entrer… tout en rassurant les spectateurs : on les retrouvera à la sortie :-)

* Genova 01
De Fausto Paravidino. Dans une mise en scène de Patrick Bebi. Vu au théâtre National fin janvier. Ce spectacle sera repris l'an prochain, en avril 2008, toujours au National.
Il s'agit d'un texte, un récit, une 'conférence'. Qui nous relate une version assez différente de l'officielle, de ce qui s'est passé pendant le sommet du G8 à Gênes, en 2001.
Petit rappel, car avec le 11 septembre 2001, on a un peu oublié cet épisode, je crois..
A Gênes, en 2001, s'est tenu un sommet des 'plus grandes puissances' du Monde, un sommet de plus. Les alter-modialistes étaient présents en nombre, pour manifester en marge du sommet. Un certain Silvio Berlusconi avait orchestré une barrière policière contre ces manifestants. Bilan de ces journées agitées? Un mort, un jeune homme nommé Carlo Giuliani, 500 blessés, de nombreuses arrestations. Une version officielle, bancale, floue, incohérente. Une enquête de Fausto Paravidino pour souligner tout cela, les manipulations, les zones d'ombres.

Le texte est lu par 6 comédiens. Qui surgissent du public au début de la pièce, l'un après l'autre, s'interpelant: 'tu y étais?' 'Et toi?'. Ensuite, ils s'installent chacun à leur table, derrière un micro. Et tournent les pages au fur et à mesure qu'ils lisent, racontent, interprètent, le récit précis, les questions ouvertes, les incohérences de l'histoire officielle. De temps en temps, des images, avec ou sans bande son, sont projetées sur un écran, un peu coloré, donc c'est parfois flou, mais on en voit bien assez.
Devant chaque conférencier, comme un pied de nez à la mondialisation, un grand gobelet en carton 'Coca-cola' contient de quoi se désaltérer et symbolise assez bien l'ironie très présente dans le spectacle, ironie face aux versions officielles si peu crédibles, plus c'est gros... Car c'est cruel, mais l'on rit pourtant lors de ce 'Genova 01'.

Pourtant, le texte est brut. Sans concession. La mise en scène nous plonge au coeur de l'action, au coeur de Gênes, au coeur des affrontements. Sans aucune mise à distance. Les événements sont trop récents pour faire partie de l'Histoire qu'on lit dans les livres. On est impuissant, attéré, révolté. Lorsque les images défilent en silence, la voiture qui recule sur un corps. Les coups de feu qui vous prennent à la gorge et font poindre les larmes. Silence de mort dans le public, émotion palpable... On ne sort pas indemne de ce spectacle. Il m'a fallu le trajet du retour en métro jusque chez moi pour que disparaissent la crispation et cette boule dans la gorge. Dur. Et poutant, à voir. Même si je dirais 'âmes sensibles s'abstenir', pour les autres, altermondialistes convaincus ou simples citoyens, cela vaut la peine de voir Genova 01, pour donner un petit coup de frais à la mémoire et rappeler que les consciences ne doivent pas s'endormir, et que si tout le monde y oeuvre, "un autre monde est possible".

* Mémoires d'un idiot de guerre
D'Ascanio Celestini. Traduction de Pietro Pizzuti, mise en scène de Michaël Delaunoy. Vu au Rideau de Bruxelles en mars.
Il s'agit d'un récit, d'histoires qui s'entremêlent, et qui nous sont racontées par deux acteurs (Pietro Pizzuti et Angelo Bison), qui se partagent les rôles, se répondent, s'écoutent. Mise en scène très simple, deux chaises, et de très jolis jeux de lumière qui donnent l'impression d'une veillée au coin du feu, à l'heure des confidences.

Un garçon raconte les histoires que son père lui a contées. Des histoires de guerre, ou plutôt, des histoires qui se passent en Italie au milieu de la 2nde guerre mondiale. L'histoire d'un petit garçon, et d'un oignon. D'une compagnie étrange qui tente de se constituer pour acheter un cochon (parce qu'il est trop cher pour l'acheter en entier tout seul, qu'on ne peut pas le tuer pour ne pas se faire prendre, et qu'on ne peut pas, parait-il, acheter un demi cochon vivant). Alors pour constituer cette équipe, un enfant et son père vont rencontrer de drôles de personnages, marqués par la guerre, estropiés, un groupe surréaliste, où chacun viendra tour à tour raconter son histoire.

Mélange d'atrocités, d'émotions, de merveilleux, de surréaliste, de conte, de fantastico-fantaisiste, de folie (car la guerre rend fou), on suit et on se perd au gré des histoires, vraies ou vraiment improbables, à la chronologie floue, les enchaînements hasardeux, où les personnages se ressemblent... à moins qu'il ne s'agisse des mêmes?
Si certains épisodes sont un peu inutiles (l'histoire des mouches qui vénèrent la Madonne est un peu limite), l'ensemble est assez plaisant à suivre, la chaleur du 'feu de camp' en fait un récit intime des petites et grandes misères du monde, des lâchetés et du courage dérisoire parfois. Une vision tendre et enfantine d'épisodes pas très gais de l'histoire. Et deux très bons acteurs!

Voilà, c'était un petit bilan de quelques pièces vues récemment. J'espère à l'avenir avoir un peu plus de temps et de réactivité surtout pour vous parler d'une fin de saison essentiellement musicale pour moi!

A bientôt et continuez à être curieux et à sortir au théâtre!

Belle nuit à vous

Mary

31 janvier 2007

Et ici, il n'est pas question de cauchemar...

Bonsoir tout le monde!

Ha ha, l'année commence à peine, et déjà, j'ai un coup de coeur théâtral à vous faire partager! Enfin depuis début janvier j'ai déjà été voir 3 pièces, et j'espère que j'aurai le temps de vous parler des deux autres d'ici peu dans ces mêmes pages, mais, comme d'habitude, priorité à ce qui se joue encore!

Alors voilà, vous avez jusqu'au 14 février pour marcher, courir, vous précipiter au théâtre du Rideau de Bruxelles (au Palais des Beaux-Arts si vous avez du mal à le situer) et prendre une place pour aller découvrir un texte tout frais, tout chaud (euh admirez la contradiction... une pièce qui vient d'être créée si vous préférez): Darwin, de Thierry Debroux.

Comme son titre l'indique, il est question d'évolution et de science dans cette pièce. Comme le titre ne l'indique pas, il est aussi beaucoup question d'autres choses... de sens... de déchirements, de crises... de paraitre... de religion... de liberté... de l'image du père...

darwin1

L'histoire, en quelques mots... Enfin une ébauche de l'histoire, des fragments, car beaucoup d'éléments s'entrechoquent, la pièce est dense, riche de réflexions, de questionnements, de portes ouvertes (d'ailleurs il y en a une à chaque bout de la scène, de porte, à double battants...).

Deux personnes, quelque part, pour une raison connue ou inconnue, sont dans le coma. Et pourtant, ces deux charmants vieux messieurs communiquent entre eux sans le moindre problème... Dans leur espèce d'espace (le fameux Hôtel des deux monde d'EE Schmitt?), ils échangent leurs réflexions... enfin, surtout l'un des deux, le "413". Ancien scientifique, ayant passé des années à voir la vie à travers un microscope, ne manquant pas d'idées, il expose sa vision du monde, de l'Univers, du "pourquoi sommes-nous là?" à son voisin d'infortune 412. Ce dernier, qui n'a "pas l'air d'avoir inventé la poudre", peine parfois à le suivre dans ses réflexions mêlant science et philosophie.

413 a trois filles... même si l'aînée ne lui parle plus guère depuis qu'elle est partie (qu'elle a fui pour trouver un équilibre) vers l'autre côté des Etat-Unis. Nos deux comateux pouvant assister à ce qui se passe chez les deux autres filles, nous suivons avec eux les crises que traversent Sally, la préférée du papa, qui craque d'avoir toujours dû gérer cette image de petite fille modèle; Lucy, la cadette, provocatrice et provoquante, rebelle, blessante, vivant aux crochets de sa soeur, dansant nue pour gagner un peu d'argent, s'essayant au théâtre car elle se rêve actrice; et Anton, le mari de Sally, physicien cherchant à mettre en équation les coïncidences de la vie, ce qui donne notamment un magnifique monologue, une belle démonstration-utopie (même si ces deux mots accolés me semblent étranges, je ne vois pas comment l'exprimer autrement) sur la physique quantique et un espace où le temps n'existerait pas, où tout serait énergie vibratoire... De quoi donner le vertige à tout qui a un esprit un tantinet scientifique.

Pour compliquer et pimenter tout cela, Sally se retrouve sous la menace d'un procès (ce qui permettra à la grande soeur avocate de faire une retour dans la famille) ou d'une mise à l'écart de son école, où on lui demande (on la presse) d'enseigner que le darwinisme n'est qu'une théorie parmi d'autres, qu'il existe aussi le créationnisme scientifique (où Dieu n'est pas mis à l'écart)...
Son collègue et ami Stephen, qui devrait la soutenir, semble faire partie d'une église protestante évangéliste qui ne veut pas non plus que du bien à la théorie de l'évolution...
Et pour couronner le tout, Lucy est enceinte d'Anton...

Darwin3

Bref, tout ne va pas pour le mieux, et c'est aussi aux difficultés de ces hommes et femmes qui se débattent, que l'on assiste dans cette pièce... Il y a un côté très 'théâtre américain du 20ème" dans ces déchirements, et ce n'est probablement pas un hasard si Lucy prépare une audition sur le texte de Tennessee Williams, "La chatte sur un toit brûlant"! Les sentiments sont violents, les crises couvent et explosent, l'absence du père dans le coma, son incapacité à aimer ses trois filles, planent...

Evidemment, l'autre facette de la pièce, ce sont ces réflexions sur le sens de la vie, sommes-nous aimés par un Père tout puissant qui nous a désiré, ou le fruit d'un hasard et de la survie du plus apte? L'aboutissement d'un projet divin, ou juste une étape dans l'évolution? Au delà de la science et de la religion qui s'opposent, peut-on bâtir de ponts? A quel prix?
D'autant que la pièce s'ancre dans le monde d'aujourd'hui, fait référence à George W Bush, à une certaine Amérique intransigeante et religieuse, presque fanatique (incarnée par Stephen dans la pièce)

Bref, c'est un texte très bien écrit mais très dense qui est présenté avec ce "Darwin" au Rideau. Dense mais pourtant pas indigeste. L'auteur évite (presque) toujours la lourdeur ou le côté moralisateur qui pourrait accompagner son propos. Les images choisies pour expliquer les passages plus scientifiques sont très parlantes et rendent le texte parfaitement accessible à tous! Des moments d'émotions ponctuent les théories plus froides. Et surtout, il y a des passages vraiment très drôles qui allègent la pâte!
Par exemple, vous savez pourquoi une tartine beurrée retombe toujours du côté beurré? "Réponse du Rabbin : parce que tu l'as beurrée du mauvais côté!"...

Et puis la fin est très originale. C'est une très jolie 'boucle' qui renvoie au début, aux premières phrases. C'est inattendu... et c'est drôle! Franchement, cette pièce vaut d'être vue, rien que pour la fin!

Mais il y a d'autres arguments pour aller voir cette pièce. D'abord, la mise en scène de Marcel Delval, ainsi que la scénographie de Jean-Marie Fiévez, sont exemplaires. La scène présente deux niveaux, les deux niveaux de lecture de la pièce, l'histoire de la famille et les dialogues dans le coma. Le fond représentant une galaxie étoilée ouvre de jolies perspectives pendant les passages "coma". La mise en scène précise sert merveilleusement l'histoire, la souligne sans en faire trop.

Darwin2

Ensuite, les 7 acteurs sont irréprochables, justes et de qualité! D'où l'excellent niveau de la pièce!
Marcel Delval, dans le rôle du 412, est parfait de naïveté, d'incompréhension face aux discours de son vis-à-vis, et de malice. Pierre Laroche, 413, le père, est tout simplement extraordinaire d'humour, de tonus, de contrastes. Nade Dieu (nom prédestiné? - Sally), Anouchka Vingtier (Lucy) et Micheline Goethals (Suzan, la 3ème soeur) forment un trio tt en tensions et affrontements, entre la froideur des unes et l'exubérance de la cadette. Etienne Minoungou est un bouillonnant Anton, et Pierre Dherte (Stephen) un excellent faux-cul accroché à ses certitudes. Bref, un grand coup de chapeau à tous!

Alors bien sûr on pourrait reprocher à la pièce de brasser beaucoup de thèmes, d'idées, on pourrait trouver certaines longueurs à l'un ou l'autre passage... C'est vrai, mais personnellement je trouve l'ensemble tellement réussi que je pardonne ces quelques imperfections pour garder un excellent souvenir de cette pièce, et vous encourager à aller la voir!
Infos et réservations :
http://www.rideaudebruxelles.be/saison0607/darwin/resume.php (d'où viennent les quelques photos qui illustrent ce message)

A la prochaine!

Mary

11 octobre 2006

"Et bien... continuons..."

Si vous connaissez la pièce, si (comme moi) vous l'avez étudiée en cours de français, vous aurez reconnu cette citation qui... fait froid dans le dos.

Dernière réplique du "Huis-Clos" de Jean-Paul Sartre. Je ne pense pas casser un quelconque suspense en disant cela... Mais pour moi, cette phrase résume "Huis-Clos" au moins autant que le célèbre "L'enfer, c'est les autres"... Pas d'espoir. Pas de fuite. Pas d'échappatoire. Pas de fin.

Je dois vous l'avouer, lorsqu'on a étudié cette pièce en rhéto, je l'ai trouvée fascinante... Ne me prenez pas pour une perverse ou une sadique, ce n'est pas le fait de voir souffrir les personnages qui me fascine... C'est la mécanique implacable de cette pièce. Les comportements humains, qui ne changent pas. La torture psychologique que les protagonistes s'infligent les uns les autres, les jeux de 'pouvoir', de séduction. Vision noire de la société, bien sûr. Mais c'est si bien huilé... Les réactions s'enchainent... Sartre pousse l'horreur jusqu'au bout, sans concession : punition horrible et atroce: condamnés à (se faire) souffrir à jamais...

Bref, cette pièce, cela faisait longtemps que j'avais envie de la voir sur scène. Je n'ai donc pas manqué d'aller voir la version de "Huis Clos" qui se joue en ce moment au Théâtre Blocry à Louvain-La-Neuve, dans une mise en scène de Richard Kalisz. Et je n'ai pas été déçue du tout... J'ai vraiment passé un bon moment face à cette pièce forte, tendue....

L'intrigue, en deux mots, quand même... Quelque part, après la mort... 3 personnages, 3 damnés, sont amenés, l'un après l'autre, dans une chambre. Garnie d'objets inutiles: 3 canapés, un bronze... Et ce fameux coupe-papier... Mais comment tuer un mort?
Pourquoi ces trois personnages sont-ils regroupés? Qu'ont-ils fait sur terre pour mériter ça? Où est le bourreau?

Cette pièce marque aussi trois comportements différents face au mal et à la souffrance, qui fait que l'on peut presque s'identifier à l'un des personnages, ou du moins, se projeter, s'amuser à se demander comment on réagirait (non, pas dans de pareilles circonstances, il y aurait de quoi cauchemarder!)...
Comme Garcin, qui tente de se refermer sur lui-même, de faire abstraction des autres, de nier la souffrance... S'il prétend qu'elle n'existe pas et qu'il est seul, il parviendra peut-être à la faire disparaître?
Comme Inès: crânement, en assumant sa part de noirceur, en acceptant de souffrir et de faire souffrir, car il n'est pas question que les autres puissent échapper à la souffrance si elle, elle souffre?
Ou comme Estelle, prête à tout pour une protection, refusant de se remettre en cause, cherchant à échapper à la souffrance et rajoutant de l'huile sur le feu entre les 2 autres?

La scène? Un lieu en ruine... Vision étrange de temple grec, personnellement ça me donne une impression d'Atlantide échouée on ne sait où... Lustre bancal, remonté par le garçon d'étage. Ascenseur bloquant l'accès à la pièce. Les trois fameux canapé second empire se sont mués en  sortes de cercueils, recouverts de couvertures.
Anti-chambre, salle d'attente à gauche. Bureau du garçon d'étage (qui est présent sur scène pendant toute la pièce, présence inquiétante, insensible, dans le fond... parfait fonctionnaire lisant des livres, vaquant à ses banales occupations quotidiennes, et attendant... Chose étrange, il porte des ailes... pourtant, nous sommes en Enfer, non? Ange déchu aux ailes un peu poussiéreuses?

huis_clos

Les acteurs sont à la hauteur de cette pièce difficile. Julien Roy est impeccable, épatant de peur, d'incompréhensions, de maladresses pour s'en tirer... assez touchant aussi, on le prendrait facilement en pitié.
Jo Deseure est Inès, froide, hautaine dans sa façon d'assumer, masculine, cynique, brûlante pourtant...
Isabelle Wéry en fait selon moi un peu trop en campant Estelle... très sensuelle, sans coeur ni conscience, elle minaude pour s'en sortir... j'ai trouvé son jeu un peu inégal surtout face à la constance des deux autres!
Enfin, Denis Carpentier, garçon d'étage omniprésent, visage figé, ange diabolique, a une belle présence malgré peu de texte, et je trouve que ce personnage toujours présent en fond de scène, cela apporte un plus à la pièce. Et puis, j'avoue qu'il est par moments torse nu, et ... plastique irréprochable ;-)

La mise en scène est précise, et ne laisse pas de répit au spectateur. Même dans les moments de silences, la tension est là, presque palpable. Le rythme de la pièce va crescendo... lenteur au début lorsque le 'garçon d'étage' prépare la pièce qui recevra les 3 damnés, accélération, à la limite de la crise de nerf quand les 3 damnés prennent conscience de leur situation... quasi cynisme à la fin...
Les moments de tensions sont aussi bien soulignés par le garçon d'étage, qui martèle un rythme lancinant, entêtant... Le temps qui passe, qui file ou qui s'égrène lentement, est bien rendu dans la pièce, grâce aux moments de silence, aux changements de lumière, aux acteurs qui se figent ou accélèrent... temps qui passe et qui pourtant, là où ils sont, n'a plus de sens, ils n'ont plus de prise sur lui... toc, toc, toc, martèle l'ange portier...

Huis-Clos, au théâtre Blocry jusqu'au 27 octobre : http://www.ateliertheatrejeanvilar.be/fr/saison/detail/index.php?spectacleID=229 (d'où vient la photo)

Bonne nuit...

Mary

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