28 février 2009
Au programme - janvier et février 2009
Un peu de retard pour mettre en ligne mes critiques de janvier/février, on dirait...
Pourtant ces 2 mois étaient assez 'légers', 2 pièces vues chaque mois...
Du coup je vous les regroupe en un billet.
Allons-y!
* Cendrillon, ce Macho! - Théâtre de la Toison d'Or
Alors, ce spectacle de Sébastien Ministru était vraiment un régal pour les fêtes de fin d'année!
J'avais vu une des dernières représentations, et même s'ils ont joué les prolongations jusque fin janvier, ce fut rapidement complet. Mais bonne nouvelle, il serait question d'une reprise en fin d'année 2009...
Donc, je vous en livre quelques mots.
Cendrillon ce macho, c'est une idée originale. Et si Cendrillon était un homme? Changeons les codes du conte de fées, prenons donc un prince charmant homo, qui pour plaire à son père organise un bal avec les belles du royaume (la marâtre de Cendrillon s'y rendant bien sûr avec ses deux... filles), mais tombe amoureux d'un Cendrillon. Bon, après, ça se complique un peu, il le retrouve grâce à sa chaussure, mais tout n'est pas si simple, quand même... Enfin, on peut s'attendre à un happy end, rassurez vous!
Voilà donc une version moderne, pleine de paillettes, de chansons, d'humour, de folie, d'énergie, d'un conte de fées connu. C'est aussi, l'air de rien, une ode à la tolérance et à l'ouverture d'esprit face à la différence, un texte un brin 'revendicateur', parce que le couples 'gay' sont des couples comme les autres.
Nathalie Uffner signe la mise en scène de ce spectacle haut en couleur, plein de rythme, et qui provoque fous rires à répétition et enthousiasme débordant dans le public! Un vrai moment d'allégresse!
Les comédiens sont excellents, 'Maman' ainsi que deux membres de son cabaret, Marla et Bruno, s'en sortent bien et ne se contentent pas de numéros de danse et play-back, mais campent la belle-mère et les demi-soeurs de Cendrillon avec humour et beaucoup de dérision et d'auto-dérision, avec quelques 'clins d'oeil' dans le texte (puisque forcément, les deux filles appellent leur mère "Maman"...)
Frédéric Nyssen est Cendrillon, plein de charme, plutôt mignon, un rôle de composition avec pas mal de nuances! Antoine Guillaume, Julie Duroisin et Jean-François Breuer sont aussi très bons dans les rôles respectivement du prince, de sa "conseillère" (je ne sais pas trop comment l'appeler, c'est un peu l'entremetteuse aussi puisqu'elle connait Cendrillon, elle est déjantée dans un rôle de vieille fille un peu en manque à force d'être entourée d'homos, elle est cocasse notamment dans un play-back de Lara Fabian!!), et de styliste du prince.
Mais la palme du délire revient sans conteste à Laurence Bibot, totalement hilarante, dans le rôle de la marraine alcoolique, défoncée à la cocaïne, organisatrice de partouzes. On est loin de l'image habituelle de la fée marraine! Mais Laurence Bibot est épatante, et irrésistible quand elle se lance dans du Amy Winehouse!
Bref, un spectacle réjouissant! Si vous l'avez raté en cette fin 2008/ ce début 2009, précipitez-vous s'il est repris fin 2009! (vous pouvez déjà contacter le TTO pour être tenus informés, à ce que m'a dit un ami!).
Le site du TTO, c'est ici!
* Faut pas payer! - Théâtre Le Public
Une pièce de Dario Fo, par la troupe de l'Eveil, mis en scène par Carlo Boso, voilà qui, après "Mort accidentelle d'un anarchiste" il y a quelques années, s'annonçait bien...
Alors, ce spectacle tient-il ses promesses?
Pour moi, sans aucun doute, oui!
D'ailleurs, ils l'ont prolongé, au Public, jusqu'au 13 mars au lieu du 7 initialement annoncé.
Plus d'info sur leur site et aussi sur le site du Théâtre de l'Eveil.
L'histoire? Une pièce... étonnamment d'actualité!
C'est la crise! Tout devient trop cher, les prix de la nourriture s'envolent, les salaires ne suivent pas, le chômage augmente, les entreprises licencient...
Alors, dans une cité ouvrière, les femmes se révoltent à leur façon. Elles décident d'acheter les aliments au supermarché en les payant le prix qui leur semble juste, voir, en ne payant rien!
Evidemment, la police les poursuit et vient perquisitionner. Antonia fait partie de ces ménagères révoltées. Seulement, elle doit cacher ce qu'elle a volé, non seulement à la police, mais aussi à son mari Giovanni, à cheval sur le respect de la loi. Alors, elle décide de profiter de sa voisine Margherita, et cache des aliments sous son manteau. Et boum! Les voilà obligées d'inventer une grossesse cachée, rapide, compliquée... à leurs époux respectifs, ainsi qu'aux deux flics rencontrés, l'un plutôt alter-modialiste, l'autre beaucoup plus rigoriste (et qui se ressemblent pas mal, en plus... Forcément, c'est le même comédien qui interprète plusieurs rôles!).
A partir de là, ce sont des quiproquos en série, des portes qui claquent, des retournements de situation, des mensonges, du vaudeville plein de rythme, entre traits d'esprits et gags burlesques.
Bref, cette pièce, malgré un côté 'dénonciateur' des dérives libérales (comme dirait Elio Di Rupo), malgré un contenu ancré à gauche, prend surtout le parti de rire de la crise. C'est avant tout une farce, un vrai délire! Actualisé par Dario Fo il y a quelques années, pimenté de quelques traits bien de chez nous (toute allusion à la situation belge, à Fortis,... ne serait évidemment pas fortuite!), le spectacle fait souvent mouche et on rit beaucoup. D'autant que la distribution, menée tambour battant par Guy Pion et Béatrix Ferauge qui campent le couple Giovanni / Antonia, s'en donne à coeur joie avec plein de peps et n'hésite pas à en remettre, sans tomber dans le surjeu!
Bref, un bon moment franchement rigolo et tout à fait d'actualité!
* Érasme et Pantagruel - Théâtre du Parc
Un spectacle assez intéressant, avec pas mal de jolies idées et d'originalité dans la mise en scène, mais un peu inégal quand même.
Ce texte est signé Jean-Claude Idée, inspiré évidemment des idées et oeuvres d'Érasme et de Rabelais, et le spectacle est mis en scène par l'auteur.
Il raconte la rencontre et la confrontation (imaginaire) entre Erasme et Rabelais, l'un vieillissant, l'autre bondissant, l'un maître, l'autre disciple, l'un déçu par l'autre, l'autre cherchant à démontrer que sous les scènes de débauches et de rire gras de son Pantagruel et de son Gargantua se cachent les idées humanistes d'Erasme, le rire en plus (car rire est le propre de l'homme).
Le spectacle développe donc des idées toujours d'actualité, des principes qui sonnent juste, sur l'importance de la connaissance, étudier et se connaître soi-même, sur la tolérance, l'absurdité de la guerre, les utopies...
La troupe, nombreuse, jongle avec les différents personnages, historiques dans la première partie (car on 'revoit' un peu l'histoire de l'époque, avec tous les grands personnages qui apparaissent ingénieusement de ci, de-là, dans le décor, et qui viennent se raconter), ensuite, personnages des romans de Rabelais, colorés, pour raconter l'histoire de ses géants, Gargantua et Pantagruel. En tête de distribution, on retrouve Jean-Philippe Altenloh (Erasme, j'allais écrire 'très ressemblant', en tout cas à l'image qu'on s'en fait, tout en rigueur un peu froide) et Michel Poncelet (Rabelais, en rondeurs et bonhommie).
Leur 'duo', entre confrontation et admiration, fonctionne bien! Tout comme le reste de la distribution, globalement à la hauteur!
Le décor mérite un bravo particulier car il est très ingénieux et admirablement utilisé au fil de la pièce. On démarre dans une grande et austère bibliothèque, qui se colore petit à petit, se "décore", révèle des niches et des trappes, et finalement, s'ouvre en deux pour nous plonger dans le monde de Gargantua, avant de se transformer en un vaisseau voguant sur les flots, vers l'Abbaye (imaginaire) de Thélème, à la règle tellement simple, "Fais ce que voudras" - pour ceux qui ne connaissent pas, j'ai trouvé ce lien intéressant -, pour un final plein d'entousiasme et d'utopie, qui fait rêver ceux qui adhèrent à ce genre d'idées (dont, j'avoue, je suis, et la description enthousiaste de cette utopie finale m'a embarquée!).
Alors, malheureusement il y a quelques longueurs, quelques lourdeurs, quelques passages dont on se serait sans doute passé... Mais dans l'ensemble, le spectacle est plutôt réussi!
* Yaacobi et Leidental - Rideau de Bruxelles
Euh... Alors... Quoi vous dire sur cette pièce?
Que c'est, parait-il, de l'humour juif. Bon, j'avoue ne pas avoir trouvé le fond très drôle, c'est plutôt noir comme pièce, enfin, ou bien j'ai pas tout compris, ou bien cette histoire d'amitié abandonnée et d'amour raté n'est quand même pas particulièrement comique...
Bref, autant le dire directement: je n'ai pas du tout accroché à ce spectacle mêlant performance théâtrale, chants (un peu de tout, parfois blues, parfois avec un p'tit côté Kurt Weill / Opéra de Quat'sous ) et musique live (mais jouée d'une façon assez bizarre souvent, pas vraiment sur des instruments normaux!).
Je ne sais pas, j'ai trouvé ça franchement décousu, un peu sans queue ni tête, enfin... je ne suis pas du tout rentrée dedans, et c'est même difficile de vous expliquer exactement pourquoi...
Tentez-le si ça vous intéresse, et dites-moi ce que vous en avez pensé!